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L'AFPAC dans la presse


EnerGEEK - vendredi 25 mai 2018 - THERMIQUE GRAND FORMAT


AFPAC : « 16 millions de pompes à chaleur seront installées d’ici 2050 »


L’association française des pompes à chaleur (AFPAC) a été l’une des premières à contribuer au débat public sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
Son président, Thierry Nille, a accepté d’éclairer L’Energeek et ses lecteurs sur les enjeux afférents à ces solutions énergétiques innovantes, mais encore assez méconnues du grand public…
 

L’AFPAC a été créée en 2002 avec pour objectif de promouvoir les pompes à chaleur sur les marchés du résidentiel et du tertiaire. Concrètement, cela veut-il dire remplacer les chaudières thermiques ?

Non, je ne pense pas que cela soit envisageable. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’en France l’énergie est plurielle. C’est pourquoi, il faut trouver le bon équilibre entre les différentes sources d’énergie, notamment pour introduire la bonne dose d’énergies renouvelables, nécessaire à la transition énergétique. On ne peut pas tout changer du jour au lendemain, même à un horizon de 30 ou 50 ans, les différentes énergies continueront à cohabiter. Dans ce contexte, il me semble qu’il faut donc privilégier les évolutions en douceur pour ce qui concerne les pompes à chaleur (PAC). On peut par contre raisonnablement tabler sur un marché en croissance entre 10 et 15% par an. L’un des rôles de l’AFPAC consiste justement à éduquer la filière, pour faire en sorte que l’ensemble des produits et des installations soient de qualité, afin qu’au bout du compte le client soit satisfait !

Actuellement, le secteur du logement est responsable d’environ 40% des émissions de gaz à effet de serre en France. Selon vos prévisions, dans l’optique où le parc immobilier serait intégralement équipé par des pompes à chaleur, quelle réduction des émissions de GES pourrait être envisagée ?

A une époque, la société Carbone 4 avait proposé de réaliser une étude qui aurait chercher à connaître les conséquences d’une intégration plus poussée des pompes à chaleur sur le marché français. Cependant cette étude n’a jamais été réalisée. Toutefois, il faut bien garder à l’esprit que de multiples facteurs entre en ligne de compte dans le choix d’un ménage pour s’équiper avec un système de chauffage. Autant pour des raisons de logistique, que pour des raisons simplement économiques, les clients finaux n’abandonneront pas tous en même temps leur ancienne chaudière. En revanche, nous sommes capables de mesurer très finement les évolutions du nombre d’appareils installés correspondant à l’évolution de la chaleur renouvelable consommée, et donc d’en déduire la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, dans notre scénario médian, on estime qu’un peu plus de 16 millions de PAC seront installées d’ici 2050, ce qui permettrait d’éviter l’émission de 16,8 millions de tonnes de CO2.

Pourquoi se tourner vers la pompe à chaleur en cas de rénovation et en quoi est-elle plus respectueuse de l’environnement ? Quel est le retour sur investissement de la pompe à chaleur ?

A la fin des années 2000, on a constaté un fort taux de pénétration des PAC dans les travaux de rénovation énergétique. Pour expliquer ce phénomène, il faut se souvenir qu’à l’époque le prix des énergies fossiles était très élevé, avec un baril dépassant assez largement les 100$. Forcément, les particuliers étaient très intéressés par les solutions alternatives qui offraient la possibilité de réaliser immédiatement d’importantes économies sur leur facture énergétique. Cette situation pourrait se reproduire demain, notamment si les énergies fossiles sont de plus en plus taxées. Il reste néanmoins difficile de terminer précisément le taux de retour sur investissement car, comme nous venons de le voir, celui-ci dépend directement du prix des énergies. Néanmoins, si l’énergie augmente prochainement de manière assez importante, comme il y a lieu de le croire, on peut envisager un retour sur investissement qui s’étalerait sur une période allant de 5 à 7 ans. Parallèlement, la question des aides publiques entre également en ligne de compte dans ce genre de calcul. Si nous prenons l’exemple d’un chauffe-eau thermodynamique, éligible à un crédit d’impôt transition énergétique de 30%, le retour sur investissement aura lieu sur seulement 2 ans. Par ailleurs, le retour sur investissement n’est pas l’unique motif qui pousse les particuliers à se tourner vers nos produits. En effet, parmi nos clients, nombreux sont ceux qui se préoccupent par exemple de savoir à quelle classe énergétique ils appartiennent, d’autres sont aussi soucieux de consommer davantage d’énergies renouvelables.

Vous lancez un groupe de travail pompe à chaleur et économie circulaire et une de vos propositions serait de proposer un service de location (sous forme de leasing) de sa pompe à chaleur ? Pouvez-vous nous en parler ?

Il s’agit en réalité d’une association que nous venons de créer avec l’Institut National de l’Économie Circulaire (INEC), et au sein de laquelle nous préparons une étude sur l’utilisation des pompes à chaleur, et plus largement sur l’économie de la fonctionnalité. C’est-à-dire, comment faire en sorte de vendre du confort tout en réduisant nos consommations de matières premières, ce qui passe à la fois par des solutions de leasing, mais aussi par la recyclabilité ou le remanufacturing de nos produits. Avec ce groupe de réflexion, on cherche à trouver la meilleure manière d’intégrer les pompes à chaleur dans le cadre de l’économie circulaire, pour accélérer leur déploiement à grande échelle. Il existe en revanche un groupe de travail dédié spécifiquement à l’intégration des pompes à chaleur dans les travaux de rénovation énergétique, il est animé par Jean-Pascal Chirat.

Avec l’arrivée de l’été, les articles marronniers sur la climatisation refonds surface. La pompe à chaleur réversible est-elle une alternative écologique ?

Au-delà de ce qui se met en place dans les réglementations, aussi bien dans la RT 2012 qu’avec le label E+ C-, ou demain dans la RT 2020, on ne peut pas aller à l’encontre des attentes des clients finaux. Ce qu’ils désirent c’est bien sûr du confort : l’eau chaude sanitaire d’abord, mais ils réclament aussi de plus en plus du confort d’été, autrement dit de la climatisation. En effet, à notre époque où il y a régulièrement des épisodes caniculaires ou des vagues de chaleur, le particulier, en France et indépendamment de sa zone géographique, exprime une attente forte sur ces sujets. Pour répondre à ces besoins, la pompe à chaleur réversible représente donc une véritable solution… Les pouvoirs publics souhaitent avancer rapidement sur ces problématiques ; à court terme il va donc falloir être en mesure d’intégrer des solutions pour le confort d’été dans les nouveaux logements.

Un récent rapport de la Cour des Comptes évoque « une politique énergétique cloisonnée » qui aurait engendré « un manque de cohérence préjudiciable à la première Programmation pluriannuelle de l’énergie ». Pensez-vous que l’on puisse éviter cet écueil pour l’élaboration de la prochaine PPE ? Participez-vous au débat organisé par la CNDP ?

L’Association française des pompes à chaleur (AFPAC) vient de terminer la rédaction de sa contribution au débat public sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Dans nos travaux qui seront bientôt en ligne, nous avons envisagé le développement des solutions thermodynamiques à l’horizon 2030 et 2050. Avec ce document, on espère justement que la prochaine PPE sera plus transversale, et surtout que les solutions pour développer la chaleur renouvelable seront mieux valorisés.

Rédigé par Thierry NILLE

Thierry Nille, du groupe De Dietrich Thermique, est président de l'Association française des pompes à chaleur (Afpac).

 

La rédaction de L’Energeek est composée de journalistes et rédacteurs qui s’intéressent de près aux enjeux énergétiques du moment.

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Mathieu Berthonnet